Analyse de marché

Quantification et analyse de la microstructure du stock d’or privé en France (Édition 2026)

L’analyse quantitative du stock d’or privé en France révèle une disparité marquée entre sa richesse historique et la dynamique actuelle du marché. Historiquement, la France détenait jusqu’à 10 % des réserves mondiales officielles (environ 4 800 tonnes en 1933). Le stock privé contemporain (hors institutionnel) est estimé par modélisation à une médiane de 700 tonnes en pièces, subissant une « érosion structurelle » due à une demande d’investissement (pièces et lingots) 2,5 fois inférieure à celle de l’Allemagne ou du Royaume-Uni.

La valorisation du patrimoine privé est aujourd’hui dominée par la bijouterie (estimée à 700-800 tonnes), et non par l’actif monétaire pur. L’estimation du stock repose sur une équation de flux cumulés ajustée des sorties nettes. L’héritage de l’Union Latine (1850-1914) représente environ 3 500 tonnes frappées. Les chocs de déthésaurisation (guerres et crises), incluant l’indemnité de 1870 (300 tonnes extraites), l’appel de 1915 (700 tonnes converties en passifs souverains) et la fuite nette de 900 tonnes entre 1914 et 1918, ont significativement réduit ce socle. L’encaisse privée atteignait 800 tonnes en 1960. La microstructure actuelle du marché est caractérisée par un taux de rachat annuel de seulement 2 %, impliquant un cycle de renouvellement de 50 ans. 80 % de la détention provient de l’héritage, avec une longue durée de détention (>10 ans pour 70 % des détenteurs).

L’or d’investissement pénètre seulement 9 % des achats récents en France, contre une préférence forte de type « Investment-grade » dans les pays comparables (Allemagne/UK), dont la demande est 2,5 fois supérieure. Les flux annuels moyens de transactions en France sont faibles (~3 tonnes/an).

L’analyse de sensibilité projette une composition du stock privé total en 2024/2026 entre 1 400 et 1 700 tonnes. La composante monétaire est estimée entre 615 et 720 tonnes, la bijouterie entre 700 et 800 tonnes, et les lingots entre 100 et 200 tonnes (estimation minimale).

L’exposition totale en France (public + privé) s’élève ainsi à environ 3 800 – 4 100 tonnes, la Banque de France conservant stablement 2 437 tonnes. Des risques systémiques demeurent, notamment l’asymétrie informationnelle depuis l’abandon de l’étalon-or, et le risque de spoliation historique lié aux pertes de l’épargne étrangère française en 1917.

L’usure physique (effet frais) peut diminuer le poids d’or fin de 1 à 3 %. En conclusion, le stock d’or français est un actif dormant et fragmenté. Contrairement à l’Allemagne, la transformation de l’or monétaire en marché d’investissement dynamique est insuffisante. Le potentiel de « déthésaurisation » en cas de crise systémique est jugé élevé en raison de la prédominance de l’or de bijouterie, plus sensible aux rachats de nécessité. La surveillance des flux de rachat est recommandée comme indicateur avancé de stress de liquidité des ménages.

Oleg Turceac

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