Le commerce pétrolier russo-indien a connu une évolution spectaculaire. De marginal (0.1-0.3 mb/j en 2019-2021), il a bondi à 0.8 mb/j après l’invasion de 2022, atteignant un pic de 1.9 mb/j en 2023 (40% des exportations russes), se stabilisant à 2.1 mb/j en 2024 avant des réductions prévues (1.8 mb/j en 2025, effondrement à 0.3-0.5 mb/j en 2026). Des mécanismes de contournement sophistiqués ont été mis en place pour les paiements : roubles via VTB/SPB (2022-2023), dirhams émiratis (2023-2024), yuans via ICBC (2024-2025), et actuellement des roupies bloquées représentant plus de $40 milliards gelés.
Le transport repose sur une flotte shadow de plus de 580 tankers (âge moyen 17 ans), assurés par des P&I Clubs asiatiques et des coûts de fret élevés ($12-18/baril au lieu de $3-5). Structurellement, les prix analysés par FOB Novorossiysk/Oural montrent un prix moyen de $68.50/baril en 2025, avec une décote de 22-27% sur le Brent. Le prix d’arrivée en Inde se situe entre $63 et $65/baril, offrant un avantage notable par rapport aux prix du Moyen-Orient ($72-75). L’Inde réalise une économie annuelle substantielle de $12-14 milliards, incluant la compensation des roupies gelées ($3-4 milliards) et des subventions implicites au secteur pétrochimique ($6-8 milliards). L’équation politique est complexe, rythmée par les pressions américaines (waivers CAATSA conditionnels) et un arbitrage stratégique entre l’accès à la technologie (semi-conducteurs/défense) et la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, tout en servant de contrepoids à la Chine.
L’accord commercial indo-américain prospectif repose sur des contreparties majeures dans plusieurs secteurs. Côté énergie, les États-Unis garantiront un approvisionnement de 1,2 à 1,5 million de barils par jour (mb/j) à un prix plafonné (Brent -8%) et investiront 15 à 20 milliards de dollars dans les infrastructures (terminaux, pipelines), incluant le transfert de technologie GNL pour la diversification indienne. En matière de commerce et de géopolitique, l’accord prévoit un accès des semi-conducteurs sous le statut de « trusted partner« , une coopération militaire accrue (F-35/MQ-9B avec co-production), le soutien américain à l’admission de l’Inde au NSG (groupe des fournisseurs nucléaires), et un appui pour un siège permanent de l’Inde au Conseil de Sécurité de l’ONU. Les arrangements financiers comprennent une ligne de swap de 50 milliards de dollars entre la Fed et la RBI, l’inclusion des dettes indiennes dans les indices Bloomberg/JP Morgan, et un assouplissement des règles de la SEC pour l’accès aux marchés de capitaux.
Le calendrier de transition est serré. Annonce de principe en février 2026, finalisation juridique en mars, ratification par la Lok Sabha en avril. Notification au Congrès américain en mai, et entrée en vigueur progressive en juin. Des points de rupture sont fixés. (A) Le 15 mars (date limite contrats pétrole russe d’avril). (B) Le 30 avril (décision OPEC+ sur les quotas). (C) Le 15 mai (paiements des roupies gelées). (D) Et le 30 juin (réévaluation de la notation de la dette russe).
L’impact sur la Russie, selon le scénario base de notre modèle (Steelldy), prévoit une chute des revenus pétroliers à 125-135 milliards de dollars en 2026 (pré-pivot), dont 34% provenant de l’Inde (42-46 milliards), avec un prix moyen de l’Urals de 69$/baril. Suite à une réduction des exportations de 80% post-pivot, la perte mensuelle serait de 3.2-3.5 milliards de dollars, augmentant le déficit budgétaire de 2.8-3.2% du PIB et menant à l’épuisement du fonds souverain en 18-24 mois. La balance des paiements subirait une réduction de l’excédent courant à 15-25 milliards de dollars (contre 45-55 milliards précédemment), exerçant une pression sur le rouble (qui passerait de 92-95 RUB/USD à 112-118 RUB/USD) et entraînant une baisse des réserves de la Banque Centrale de 580 à 520-540 milliards de dollars (ajusté à l’inflation).
Les alternatives d’exportation russes sont limitées. La Chine pourrait absorber 0.4-0.6 mb/j supplémentaires, mais avec un escompte additionnel de 8-10$/baril et des contraintes de capacité des pipelines. La Turquie offre une capacité de 0.2-0.3 mb/j, limitée par des facteurs techniques de raffinage et de ré-exportation. Pour l’Afrique/Moyen-Orient, les arrangements de swap sont complexes et les risques de sanctions secondaires sont élevés. Le stockage flottant, limité à 40-50 millions de barils, représente seulement une solution temporaire avec un coût de 1.50-2.00$/baril/mois et un risque de dégradation de la qualité du pétrole.
Sectoriellement, l’industrie pétrolière russe verrait une réduction forcée de production de 1.2-1.5 mb/j, entraînant la perte de 80,000-120,000 emplois et une réduction des investissements CAPEX de 40-50%. Les régions dépendantes subiraient des chocs sévères : le PIB régional de Khanty-Mansi chuterait de 12 à 15%, le taux de chômage augmenterait de 4-5 points au Bachkortostan, et l’activité dans le Kraï de Krasnodar (ports) diminuerait de 25-30%. Les conséquences macroéconomiques incluent une inflation passant de 7.5% à 11-13%, une révision de la croissance du PIB de 1.2% à une contraction de -2.5% à -3.5%, rendant inévitable une compression des dépenses militaires de 15-20%.
Le rééquilibrage des marchés énergétiques entraîne des ajustements significatifs. Le prix du baril de Brent devrait augmenter de 6 à 8 dollars à court terme, visant 90 à 94 dollars au T2 2026, avec une volatilité accrue de 35 à 40%. Le spread WTI/Brent se réduira à -1,50-2,00 dollars, soutenu par les exportations américaines vers l’Inde (0,8-1,0 mb/j), malgré des contraintes logistiques portuaires américaines de 3 à 4 mois. Le premium asiatique Dubai/Oman grimpera de 2,50 à 3,50 dollars, les flux du Moyen-Orient se réorientant vers l’Inde.
Les dynamiques du transport maritime sont sous tension. La demande de VLCC pour les routes Inde-US augmentera de 25 à 30%, poussant les taux de fret à 45 000-55 000 dollars/jour. La disponibilité des navires connaîtra des tensions au T2-T3 2026. La flotte pétrolière russe « shadow » est largement sous-utilisée (40-45%), subissant des pressions sur les assurances (retrait des P&I Clubs) et une chute de 60 à 70% de sa valeur résiduelle.
De nouveaux schémas commerciaux émergent (Golfe du Mexique vers Inde), le transit par Suez augmentant de 15 à 20%, avec une hausse des primes d’assurance risques de 150 à 200%. Concernant l’OPEC+, trois scénarios sont possibles: 1) maintien des quotas (40% de probabilité), menant à un déficit de 1,5-2,0 mb/j et des prix supérieurs à 95 dollars. 2) Augmentation de la production par l’Arabie Saoudite (+0,8-1,0 mb/j) et les Émirats (+0,3-0,4 mb/j), limitée à 1,2-1,5 mb/j au total (35% de probabilité). 3) Exclusion de la Russie (25% de probabilité), créant un OPEC-12 coordonné implicitement avec les USA, maintenant des prix modérés mais une volatilité géopolitique extrême.
Le réalignement géopolitique actuel redéfinit les alliances, avec un partenariat stratégique complet entre les États-Unis et l’Inde, et une dépendance croissante asymétrique entre la Chine et la Russie. L’Europe fait face à des pressions inflationnistes renouvelées, tandis que le Moyen-Orient consolide sa position pivot. Les points de friction majeurs incluent le détroit d’Ormuz (tensions Iran-USA/Israël), la mer de Chine (routes énergétiques), l’Arctique (projets russes accélérés malgré des contraintes budgétaires), et l’Afrique (compétition pour les ressources et l’influence).
Concernant la sécurité énergétique, l’Inde diversifie ses approvisionnements, réduisant sa dépendance à la Russie (de 30% à 8-10%), ce qui améliore sa sécurité mais augmente ses coûts de près de 18 à 22 milliards de dollars par an. La Chine maximise son levier sur la Russie pour obtenir des rabais sur les prix, augmentant sa propre vulnérabilité aux sanctions. L’Europe, quant à elle, ressent des pressions inflationnistes et une compétition accrue pour le GNL, soulevant des inquiétudes pour la sécurité de ses approvisionnements durant l’hiver 2026-2027. Moscou dispose d’options de rétorsion limitées. Les scénarios probables, avec une probabilité de 65-75%, impliquent des actions hybrides ou par procuration. Celles-ci incluent la coopération militaire accrue avec les adversaires régionaux de l’Inde (livraisons d’armements au Pakistan, soutien naval au Bangladesh, consolidation au Myanmar). Moscou pourrait également manipuler les approvisionnements critiques, comme restreindre les exportations d’engrais vers l’Inde, organiser le contournement des sanctions sur les diamants via Dubaï, ou retirer sa coopération nucléaire civile. Enfin, des actions cybernétiques asymétriques ciblant les infrastructures énergétiques indiennes, la désinformation pour exacerber les tensions sociales, et le soutien à des groupes insurgés marginaux sont des possibilités. La probabilité d’une réponse militaire directe de la Russie est estimée à moins de 5%.
Les implications pour les marchés financiers montrent des mouvements significatifs à travers les classes d’actifs. Concernant les matières premières, le pétrole Brent est anticipé dans une fourchette de 90 à 100 dollars le baril, tandis que le Gaz TTF pourrait augmenter de 15 à 20% en raison des craintes d’approvisionnement. Les métaux industriels subiront des pressions baissières dues au ralentissement économique, l’or trouvant un support entre 2 700 et 2 900 dollars l’once, soutenu par le risque géopolitique.
Dans le secteur des devises, le dollar américain (USD) devrait s’apprécier globalement en tant que valeur refuge. Le rouble russe (RUB) est projeté entre 110 et 125 pour un USD, dépendant des interventions de la Banque Centrale. La roupie indienne (INR) connaîtrait un renforcement modéré (68-72/USD), tandis que le yuan chinois (CNY) subirait des pressions liées à sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Sur les marchés actions, le secteur de l’énergie (majors et services) est attendu en surperformance, avec un rallye des actions de transport maritime (tankers).
Les actions indiennes verront leurs secteurs pétrochimiques sous pression, et un crash sectoriel est anticipé pour l’énergie russe. Sur le marché de la dette et pour le risque souverain, les spreads des Credit Default Swaps (CDS) à 5 ans montrent une détérioration nette pour la Russie, passant de 550 points de base (bps) à une projection de 850-950 bps. L’Inde verrait ses spreads se resserrer légèrement (110 bps → 90-95 bps), le Kazakhstan subirait une contagion (300 bps → 350-400 bps), tandis que les Émirats Arabes Unis bénéficieraient d’un statut de refuge (80 bps → 70-75 bps).
La dette souveraine russe fait face à une probabilité de défaut accrue, passant de 25% à 40-45% pour 2026-2027, avec une restructuration probable en 2027-2028 impliquant un haircut estimé entre 40% et 60%. Les flux de capitaux s’orientent vers des sorties accélérées de Russie (25-35 milliards USD) et des entrées en Inde axées sur les infrastructures (15-20 milliards USD).
La Chine adopte un positionnement opportuniste sur des actifs stratégiques. Des stratégies de couverture et d’opportunités de trading sont recommandées. Un « pairs trade » suggère d’être long sur le Brent et short sur les futures Urals, visant un spread de 25-30 dollars le baril sur un horizon de 6 à 9 mois. Des structures complexes incluent l’utilisation d’options barrées sur le pétrole autour des seuils de 85/105 dollars, l’exploitation des spreads calendaires en cas de backwardation renforcée, et des trades cross-commodity entre pétrole et gaz naturel.
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