L’année 2025 a marqué un tournant décisif pour la régulation des actifs numériques en Europe, avec l’entrée en vigueur de la réglementation sur les crypto-actifs (MiCA) qui est passée de la politique à la pratique. Le 31 décembre 2024, les règles MiCA régissant les fournisseurs de services d’actifs crypto (CASPs) ont été activées, s’accompagnant des obligations imposées par le Règlement sur le voyage. Cette étape cruciale a été suivie, en janvier 2025, par la publication d’un briefing de supervision par l’Autorité Européenne des Marchés Financiers (ESMA), destiné à accompagner les autorités compétentes nationales (NCA) dans la mise en œuvre du régime établi.
Parallèlement, ESMA a lancé un registre des entités autorisées selon MiCA, tout en établissant une liste des entités non conformes. Ce dispositif a également introduit une période de grâce pour les stablecoins non conformes, classés comme des jetons d’actifs référencés (ART) ou des jetons de monnaie électronique (EMT), offrant ainsi aux CASPs jusqu’à la fin du premier trimestre de 2025 pour ajuster leurs offres. L’orientation a été claire : les NCA devaient s’assurer que les services équivalents à une « offre au public » ou à une « admission à la négociation » de ARTs/EMTs non conformes cessent d’ici la fin du premier trimestre 2025, permettant néanmoins un accès limité pour la vente afin de faciliter des sorties ordonnées.
L’avancée de la mise en œuvre de MiCA a mis en évidence des divergences nationales dans les attentes réglementaires. En septembre 2025, les régulateurs français, autrichiens et italiens ont exprimé la nécessité d’un cadre européen plus solide pour les marchés des actifs cryptographiques, mentionnant « d’importantes différences dans la manière dont les marchés cryptographiques sont supervisés par les autorités nationales. » Ils ont averti qu’en l’absence d’une supervision renforcée au niveau de l’UE, les autorités nationales pourraient être contraintes de recourir à des mesures de précaution pour protéger les investisseurs locaux.
En parallèle, des discussions substantielles ont émergé au sein des cercles politiques et crypto concernant une possible MiCA II, visant à inclure explicitement la finance décentralisée sous la réglementation européenne. Les discussions initiales ont révélé que la rédaction originelle de MiCA avait laissé des lacunes concernant les protocoles décentralisés, suggérant qu’une nouvelle législation serait nécessaire. Cependant, au fur et à mesure que l’année avançait, cette dynamique s’est atténuée. À la mi-2025, l’accent mis sur une réforme étendue de MiCA s’estompait, alors que l’UE se concentrait plutôt sur la consolidation des structures établies par MiCA et le renforcement de son application.
DORA. Une nouvelle couche de résilience numérique
Au-delà de MiCA, 2025 a vu l’entrée en vigueur de la Loi sur la Résilience Opérationnelle Numérique (DORA) dans le secteur financier à partir du 17 janvier. DORA impose des obligations harmonisées en matière de risques liés aux technologies de l’information et de la communication (TIC), incidents, tests et résilience des tiers, affectant directement les institutions financières et certains prestataires de services TIC. Bien que l’attention ait principalement été portée sur MiCA et les questions de lutte contre le blanchiment (AML/CTF), DORA ajoute une nouvelle couche d’obligation pour les entreprises crypto à une époque où des cyberattaques sophistiquées continuent de menacer la sécurité du secteur.
Lutte contre le blanchiment. Priorité sur les crypto-actifs
Sur le front de la criminalité financière, l’Autorité de lutte contre le blanchiment de l’UE (AMLA) a classé les crypto-actifs parmi ses priorités, mettant en avant le risque d’application divergente des exigences AML/CFT et des contrôles incohérents à travers les régimes nationaux comme une vulnérabilité majeure dans le domaine des cryptos. À partir de 2028, certains CASPs devraient être directement supervisés par l’AMLA, dans le cadre du dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme de l’UE.
La cinquième évaluation biennale de l’EBA concernant les menaces émergentes liées au blanchiment d’argent a également souligné ces préoccupations, notant une augmentation de 2,5 fois du nombre de CASPs autorisés dans l’UE entre 2022 et 2024, tout en signalant les faiblesses persistantes des systèmes AML/CFT, notamment en matière d’identification des clients et de gestion des risques.
Sanctions. Un environnement renforcé
L’année 2025 a également été marquée par une vague de désignations de sanctions liées aux cryptomonnaies par l’UE. La désignation en février de la plateforme d’échange russe Garantex représente une première, étant la première fois que l’UE impose des restrictions sur une plateforme de trading de cryptomonnaies. En outre, elle a adopté des sanctions élargies contre la Russie dans deux séries, interdisant directement les plateformes cryptographiques et les transactions pour les résidents russes.
Euro numérique. Défis de compétitivité
Concernant les monnaies numériques des banques centrales (CBDC), des interrogations subsistent quant à la capacité de l’euro numérique à rivaliser dans un écosystème de paiements mondiaux de plus en plus modelé par des stablecoins libellés en dollars américains. Dans un billet de blog de juillet 2025, la Banque centrale européenne (BCE) a ouvertement reconnu ce défi, en mettant en garde sur la nécessité pour l’Europe de garantir que sa CBDC « reste pertinente dans un environnement où les choix de monnaie numérique se multiplient. » Toutefois, au mois d’octobre 2025, aucune intervention concrète en matière de politique ou de design n’avait été annoncée pour aborder ces risques de compétitivité.
Conclusion. Vers de nouvelles perspectives réglementaires
En résumé, 2025 a été une année charnière pour la politique crypto de l’UE, avec des avancées significatives tant dans la mise en œuvre réglementaire que dans la réflexion politique. Toutefois, les divergences d’application de MiCA ont révélé les défis liés à la cohérence réglementaire au sein du bloc. En 2026, nous nous attendons à une clarification des approches de supervision de MiCA entre différentes NCA, ainsi qu’à la mise en œuvre de la Directive UE 2023/2226 (DAC8), qui instaurera des exigences de déclaration fiscale et facilitera l’échange d’informations entre pays de l’UE, conformément au Cadre de Reporting des Cryptoactifs de l’OCDE.
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