Analyse de marché

Anticipation des marchés et canaux de transmission d’un conflit USA-Iran. Analyse de la volatilité et implications pour la construction de portefeuille (Janvier 2026)

Fin janvier 2026, un point d’inflexion géopolitique et financier est marqué non par une attaque militaire, mais par un acte de guerre électronique asymétrique : le brouillage/spoofing généralisé du GPS/GNSS dans le golfe Persique par l’Iran, avec une possible implication russe. Cet acte crée une « coupure d’information stratégique », augmentant l’opacité de la zone et le risque d’escalade involontaire. Les marchés réagissent à l’incertitude radicale et à la probabilité d’un choc d’offre pétrolier, transmis via trois canaux prioritaires :

1. Pétrole & énergie (impact élevé, vélocité immédiate) : le risque de fermeture du détroit d’Hormuz provoque une prime de risque de 15 à 20 USD/baril déjà intégrée dans le Brent ; toute escalade pourrait pousser les prix vers 100-120 USD/b. Les marchés du gaz et du transport maritime amplifient cet effet.

2. Défense & sécurité nationale (impact moyen-élevé, vélocité rapide) : augmentation immédiate des budgets pour les systèmes militaires insensibles au GNSS (munitions inertielles, guerre électronique offensive) et la cyberdéfense.

3. Monétaire & crédit (impact systémique, vélocité moyenne) : le statut refuge du dollar est provisoirement soutenu (fly to liquidity), mais une déstabilisation à moyen terme est possible. Les spreads de crédit des pays émergents importateurs de pétrole et des secteurs vulnérables (transport, consommation) se détériorent. Historiquement, les actions (S&P 500) absorbent les chocs géopolitiques localisés, à moins qu’une récession ne soit déclenchée par un impact sur la consommation américaine. Le contexte actuel (inflation persistante, liquidités contractées) limite le risque récessionniste pour les États-Unis, mais exacerbe les risques de stagflation en Europe et en Asie. L’or et le Bitcoin maintiennent leur rôle de couverture contre les risques extrêmes (tail-risk).

1. Analyse de l’événement déclencheur. La guerre électronique comme nouveau normal

L’événement déclencheur analysé est l’usage de guerre électronique (brouillage/spoofing du GPS) par l’Iran. L’impact tactique est la dégradation des frappes de précision US/OTAN et la protection d’infrastructures iraniennes. L’impact commercial est une paralysie du trafic maritime et aérien civil due aux risques juridiques et opérationnels, forçant des arrêts ou des déviations. Stratégiquement, l’Iran impose un coût économique immédiat et asymétrique sans conflit ouvert, tout en assurant sa propre sécurité. La date du « 31 janvier » est un point focal anticipé sur les marchés, potentiellement une prophétie auto-réalisatrice (couvertures massives). Le silence des autorités militaires est plus inquiétant que les déclarations de guerre, signalant une phase opérationnelle active où la communication est sécurisée.

2. Canaux de transmission vers les marchés. Modélisation granulaire

Notre étude modélise cinq canaux de transmission des chocs géopolitiques centrés sur une potentielle crise au Moyen-Orient influencée par des menaces sur le détroit d’Hormuz.

Canal 1 : Énergie et Matières Premières (Choc d’Offre)** Une perturbation de l’approvisionnement pétrolier provoque une hausse anticipée des prix spot et futures. La prime de risque actuelle est estimée à environ 18 $/baril. Deux scénarios sont évoqués : une escalade limitée maintenant Brent entre 95 et 110 $, et un conflit majeur (fermeture d’Hormuz) le faisant grimper entre 120 et 150 $, menant à une stagflation globale. Les gagnants incluent les producteurs de schiste américains et les majors diversifiées. Les perdants sont les raffineurs européens/asiatiques, les compagnies aériennes et les pays émergents importateurs nets. Le gaz naturel (GNL) subirait une forte tension sur les prix JKM/TTF, tandis que les taux de fret maritime exploseraient.

Canal 2 : Défense et sécurité (résilience technologique). L’exposition des vulnérabilités technologiques accélère les dépenses vers des systèmes insensibles dans un environnement contesté (« denied environment »). Les secteurs favorisés sont le guidage inertiel, la guerre électronique, les systèmes ISR basés sur des constellations satellitaires LEO, les munitions de précision « GPS-Denied » et la cybersécurité des infrastructures critiques. Ce sont les niches technologiques, non les grands programmes d’armement, qui bénéficient en premier lieu.

Canal 3 : Marchés actions (divergence sectorielle). L’impact sur les actions est hétérogène. Le S&P 500 montre une résilience relative à court terme grâce à sa pondération tech/énergie, mais reste sensible à l’inflation énergétique et à la Fed. L’Europe (STOXX 600) est plus vulnérable en raison de sa forte dépendance énergétique et de son tissu industriel lourd, favorisant un scénario stagflationniste. Les marchés émergents divergent : les exportateurs de pétrole surperforment, tandis que les importateurs nets subissent des sorties de capitaux. La Bourse de Tel Aviv pourrait connaître une phase de hausse initiale liée à la résilience de ses secteurs défense et cyber.

Canal 4 : Changes et taux. Le dollar américain (USD) connaît initialement une phase de « flight to safety » (renforcant le DXY vers 108-110) due à la demande de liquidités et de Treasuries. Cependant, si le conflit s’enlise, la résurgence des craintes sur les déficits US pourrait provoquer un repli de l’USD à moyen terme. Le Yen japonais (JPY) et le Franc suisse (CHF) sont des refuges traditionnels. Concernant les taux d’intérêt, l’inflation énergétique pousse les rendements à la hausse, contrecarrée par le risque de récession qui incite les banques centrales à un pivot, potentiellement menant à un nouvel aplatissement (flattening) de la courbe des taux américaine.

Canal 5 : Marchés de crédit. Les fondamentaux sectoriels se détériorent, menant à un élargissement des spreads de crédit (CDS). Les secteurs vulnérables incluent le transport aérien, l’automobile et les biens de consommation discrétionnaire. Les CDS souverains des pays émergents importateurs nets de pétrole (Inde, Turquie) sont des indicateurs clés du stress géopolitique. Les spreads High Yield se polariseront entre producteurs bénéficiaires et services pétroliers affectés par le risque opérationnel.

Le marché est entré dans une phase de pricing d’un risque géopolitique à probabilité moyenne mais à impact élevé. La guerre électronique actuelle est un « shot across the bow » qui a déjà modifié les équilibres. La volatilité n’est pas un bruit, mais le signal de la réévaluation des prix des actifs en fonction de nouveaux états du monde possibles.

L’investisseur institutionnel ne doit ni paniquer, ni ignorer. Il doit granulariser son expositionidentifier les canaux de transmission spécifiques (pétrole, défense tech, crédit émergent), et construire un portefeuille asymétrique qui limite les downsides des scénarios sévères tout en captant les opportunités des rotations sectoriales.

La prochaine phase du conflit ne se jouera pas nécessairement dans le ciel iranien, mais dans les flux d’ordres des salles de marché et dans la robustesse des infrastructures énergétiques mondiales face au choc. Notre vigilance doit se porter sur les indicateurs de liquidité physique du pétrole et de stress du crédit émergent, véritables baromètres de l’escalade économique.

Oleg Turceac

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